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Ce que les États ne disent pas.

Le Contre-Rapport
Société · Sénégal, Mauritanie

Le royaume du Tekrur, l'un des plus anciens États d'Afrique de l'Ouest

Dans la vallée du fleuve Sénégal, le Tekrur fut dès le IXe siècle l'un des premiers royaumes structurés d'Afrique de l'Ouest — et l'un des premiers à adopter l'islam, bien avant l'arrivée des Européens.

Photo d'illustration : Dakar. © jbdodane / Wikimedia Commons, CC BY 2.0 (licence)

Avant la colonisation, l'Afrique de l'Ouest comptait des États organisés, lettrés et insérés dans le commerce mondial. Le Tekrur — dont notre média tire son nom — en est l'un des plus anciens exemples.

Un royaume de la vallée du fleuve

Le Tekrur (ou Takrour) se développe à partir du IXe siècle dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal, dans la région du Fouta-Toro, à cheval sur le Sénégal et la Mauritanie actuels. Contemporain et rival du grand empire du Ghana, il contrôle un carrefour d'échanges entre l'Afrique subsaharienne et le monde saharien.

L'un des premiers États islamisés au sud du Sahara

Son souverain War Jabi se convertit à l'islam vers 1040, ce qui fait du Tekrur l'un des tout premiers États d'Afrique noire à adopter cette religion — des décennies avant beaucoup d'autres. Le géographe andalou al-Bakri, dans son Livre des routes et des royaumes (1068), décrit le royaume et ses habitants déjà musulmans.

Un carrefour commercial

Le Tekrur vit du commerce transsaharien : or, textiles de coton, échanges avec les réseaux marchands du Sahara et de l'Afrique du Nord. Ses habitants, ancêtres des populations haalpulaar (Toucouleurs), jouent un rôle actif dans la diffusion de l'islam dans la région.

Un nom devenu synonyme de l'Afrique de l'Ouest

Si important fut ce royaume que les auteurs arabes médiévaux désignaient souvent toute l'Afrique de l'Ouest soudanaise sous le nom de « Bilad al-Takrur » — le « pays du Tekrur ». Absorbé plus tard par le Mali, puis par le Djolof et le Fouta-Toro, le Tekrur laisse l'image d'une Afrique de l'Ouest déjà étatisée, lettrée et connectée au monde, des siècles avant la colonisation.

Ce que dit l'histoire

Reprendre cette mémoire n'est pas réécrire : c'est restituer une histoire documentée que l'enseignement colonial a longtemps passée sous silence.

Sources

  • Al-Bakri, Kitab al-Masalik wa'l-Mamalik (Livre des routes et des royaumes), 1068.
  • UNESCO, Histoire générale de l'Afrique, tomes III et IV.
  • Travaux de référence sur l'Afrique de l'Ouest médiévale (empires du Ghana, du Mali, du Tekrur).

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